Le conducteur fit : Mesdames et messieurs, notre train entre en gare d'Arras. Arras, trois minutes d'arrêt ! Et 3 types bien synchro derrière nous hurlèrent : Obey your Master ! Le ton était donné. Il l'était déjà depuis la Gare du Nord, où s'est embarqué un défilé ininterrompu de costumes sombres, cheveux fous, piercings, tatoos et packs de .../...
Le conducteur fit :
Mesdames et messieurs, notre train entre en gare d'Arras. Arras, trois minutes d'arrêt ! Et 3 types bien synchro derrière nous hurlèrent :
Obey your Master ! Le ton était donné. Il l'était déjà depuis la Gare du Nord, où s'est embarqué un défilé ininterrompu de costumes sombres, cheveux fous, piercings, tatoos et packs de bière.
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...Il y a comme ça des concerts qu'un aficionado de musiques puissantes ne peut juste ... pas rater. Même en étant plus trop fan de
Metallica depuis une bonne décennie, on a acquis 4 places en mars, le jour-même où l'on a appris l'existence de cette date unique à Arras, Nord Pas-de-Calais, où je n'avais pourtant jamais foutu un pied ! Entre tout ce que leur musique a pu représenter pour mon adolescence, un souvenir d'un formidable concert à Marseille (il y a 12 ans déjà...), et la conclusion du passionnant documentaire
Some Kind of Monster vu en 2005... pas à chier, il fallait juste y être !
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Car c'est bien sur la base de la scène finale du rockumentaire, soit la remontée du groupe sur scène en 2004, armé d'une thérapie de groupe réussie, d'un plaisir renouvelé et d'un nouveau bassiste, sur une musique d'Ennio Morricone et nous ayant foutu une chair de poule des enfers, qu'on avait pris la ferme résolution de retourner voir les
Four Horsemen de
Metallica dès que possible et coûte que coûte ! Même l'album
St Anger, bizarrement presque unanimement décrié par les fans, fait partie de nos curiosités de référence avec son acoustique garage, incongrue et puissante à la fois ! Largement de quoi traverser la France donc, surtout en ayant renoncé par avance à un Rock en Seine qui s'annonce un peu trop déjà-vu et plan-plan cette année.
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L'arrivée à Arras est bien agréable, jolie ville dont la place au Beffroi a fière allure. Ca tombe bien, on va y passer un moment à boire et manger force victuailles, en attendant un hypothétique débouchage de la file d'entrée en direction de la Grand-Place. Confirmation au risque de tomber dans le cliché, que dans leurs estaminets les commerçants ch'tis sont éminemment sympathiques ! On va d'ailleurs faire une bonne heure de queue sur la place et dans la rue adjacente, grosso modo pendant presque toute la durée d'un set apparemment très puissant - trop au niveau du son ? - des techniciens de
Gojira.
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Carton rouge d'entrée à l'organisation pour cet accessibilité minable : les vrais fans du groupe français au gros lézard - meilleur de sa nationalité - mais dont je ne fais pas partie (pas assez de mélodies à mon goût, un poil trop minimaliste) sont déjà presque fous de rage, et je les comprends - on blague un peu pour essayer de détendre l'atmosphère. Et ce avec l'aide rafraîchissante de joyeux ivrognes penchés à un balcon, montrant diverses parties de leur anatomie, haranguant la foule, manquant à tout moment d'y tomber et/ou d'y vomir... Pendant cette attente agaçante, essayant sans trop de succès de distinguer la musique et la tête de
Joe Duplantier au loin (derrière un oriflamme SFR...), on repense au groupe
"Guest" annoncé jusqu'à il y a 10 jours et finalement disparu sans autre forme d'excuses (après des rumeurs pourtant alléchantes : RATM, QOTSA, Prodigy ...).
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On repense aussi à cette apparemment peu aimable organisatrice qui a tenté en s'alliant avec le Diable (Live Nation) de faire couler nos bien-aimées
Eurockéennes avec son
Main Square Festival... Et on sent petit à petit monter une haine pour l'organisation arrageoise, qui ne fera qu'empirer quand on réalisera qu'il y a en tout et pour tout environ 20 toilettes sur l'ensemble de la place... et aucun moyen de se soulager discrètement. Quant au panneau "WC : 0,50 €", on choisira de penser que c'était de l'humour... En prime des membres de la sécurité aimables comme des balais à chiotte, pour ne pas dire agressifs. Organisation logistique assez nulle voire détestable donc, on ne reviendra PLUS JAMAIS ici - en tout cas pour un concert, voilà, c'est dit, on peut donc parler de musique à présent !
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Hélas, magie d'une programmation décidément réalisée au p'tit bonheur, la deuxième partie qu'on va voir en entier elle, s'appelle
Within Temptation. Et certes
la chanteuse du groupe est à peu près sublime, avec son magnifique décolleté rouge torero, voilà, c'est dit, on peut donc parler de musique à présent ! A base de chant lyrique posé sur des riffs et des synthés grandiloquents, se définissant pourtant lui-même (cf La Voix du Nord du lendemain) comme du pop-rock symphonique (donc sans prétention métalleuse aucune !), le groupe est évidemment fort mal placé entre les deux autres, alors qu'il aurait pu faire un ouverture à peu près convaincante. Les miaulements baroques de la chanteuse (top model reconvertie ?) déclenchent des crises de rire nerveux chez les fans de hard rock, je pense pouvoir dire que 90 % du public s'en fout et parmi eux, une bonne moitié ... déteste.
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Evidemment avec ma chance habituelle je me ferai rabrouer par une rare fan du groupe qui a entendu de ma part un commentaire peu flatteur voire légèrement entérique. Car évidemment je trouve ça tout à fait ignoble à écouter, tout comme NightWish et autres Evanescence. Et attention, ce n'est certes pas un problème de machisme métalleux puisque, par exemple, j'aime beaucoup la terrifiante Angela d'Arch Enemy, ou Candice de Eths, etc. Par contre ce salmigondis qui n'évoque à la limite que
Scorpions featuring Celine Dion (ou le contraire), ne se supporte qu'en buvant beaucoup de bière, ce qui implique des douleurs vessiennes sans fin en attendant aux toilettes, bref c'est plutôt immonde, ça fait du bien quand ça s'arrête parce qu'on souffre quand même un peu le martyre. Manquerait plus qu'il pleuve, ah ben tiens, ca y est...
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On s'en fout, d'ailleurs il ne pleut pas vraiment, et on commence à se rapprocher tant bien que mal dans un pack bien formé et solidement campé sur ses pattes, 52 000 pieds bien décidés à ne rien rater, plantés bien profond dans le pavé. Au coucher du jour, la lumière s'éteint enfin, une clameur immense retentit, la tension monte, un piano et un hautbois retentissent
[... Tuco court à perdre haleine dans le cimetière sous un soleil de plomb, à la recherche de la tombe d'Arch Stanton, et sous le regard goguenard de Blondin...], le chant aigü et sublime éclate, mon poil se hérisse comme à chaque fois que j'entend
The Ecstasy of Gold...

Et soudain ils sont là, le plus grand groupe de trash metal du monde :
James Hetfield le chanteur irascible et charismatique,
Lars Ulrich, formidable emmerdeur et batteur de génie,
Kirk Hammett le discret guitar-hero pourtant adulé de ses pairs, et la nouvelle recrue,
Robert Trujillo, sorte de Hulk indien aux doigts habités d'un
duende groove permanent, et au final à la présence plus signifiante que celle de
Jason Newsted...
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On passe à peu près tout
Creeping Death, déjà furibard, à réaliser où l'on est, à découvrir un son absolument dantesque et à admirer la bonne idée du jour : deux écrans sur les côtés, et surtout un écran
vraiment géant situé derrière la scène, qui permet de voir les Quatros Caballeros un peu plus grand que des lemmings... Tout est en place pour une immense communion païenne en plein air comme on en a pas vu depuis un bon m
oment.
For Whom the Bell Tolls... et le public aux anges chevauche déjà l'éclair - La Grand-Place a disparu, ses tracasseries aussi ;
Kirk Hammett mène ensuite la danse sur
Ride the Lightning et fait parler la poudre dans une première série de soli éblouissants.
The Memory Remains, une des rares intrusions dans l'époque foireuse dite
Load/reload (ils ne peuvent tout de même pas avouer qu'ils ont fait deux albums et attaqué Napster pour rien...), heureusement suivie de la nettement plus jouissive
Sanitarium, guitare et basse aqueuse, voix claire et riffs de plomb,
Metallica dans toute sa splendeur, on exulte !
Would you like to hear something new ? demande alors le frontman très en joie, sûr de son coup. J'entends un titre genre "Zion A" et je sais à présent que c'est
Cyanide, une nouveauté de l'album
Death Magnetic (production Rick Rubin) à paraître, très classique dans le genre et donc agréable - le public se calme un peu et arrête de brandir ses doigts pour tendre l'oreille, qu'il a déjà pour partie inopérante - rapport à ses goûts musicaux. J'en profite pour réaliser un humble pipi (ceci en toute discrétion dans mon verre vide, dédicacé à la santé de France Leduc puis versé délicatement pour ne pas éclabousser, sur le pavé arrageois), afin de ne pas perdre ma place ni mon ami et collègue de concert... ni 8 chansons en attendant aux cabinets ! Une deuxième nouveauté suit, titre pas retenu, où l'on constate que le groupe a
vraiment l'air de s'éclater, notamment sur ce qu'il a produit récemment, à en croire les radieuses bananes qu'ils arborent. Pas mal pour ces mecs qui se fréquentent pour la plupart depuis environ 25 ans dans un
tour bus...
No Remorse, du très vieux et du très lourd justement, plutôt jouissif, où
Kirk se tricote une layette pour l'hiver pendant que
Robert bouge les cheveux, que
Lars tabasse un ennemi imaginaire et que
James agite son bouc sur un air de défi.
Fade to Black et son intro classieuse, l'une des rares que j'arrive à jouer correctement, très belle et presque envoûtante (
oui, même toi qui n'y connais rien et qui me lis pour te moquer, tu le sais, que les métalleux font les meilleurs slows, d'ailleurs ne fais pas le malin, je t'ai vu emballer là-dessus un vrai cageot, une fille avec des bagues aux dents et des couettes, en 1987 à la boum de chez Sophie...). De plaisir,
James avale son médiator : il sait que l'un des climax du concert, c'est juste là, maintenant -
I'm your source of self-destruction : Master of Puppets, un pied énorme du premier riff à la dernière note, hurlé en choeur par un public en transe. Ai-je précisé quelque part que le son était absolument dantesque ? Oui ? Ah.
Kill'em All ? Did anybody say Kill'em All ? Ca devait arriver, la chanson alpha & omega du groupe, celle qui met tout le monde d'accord :
Whiplash, tuerie ! Mettez ça à fond et entraînez-vous à ne pas bouger la tête ni grimacer, c'est un bon exercice Zen... Nouveau petit solo sans façons de
Kirk Hammett et voici
Nothing Else Matters (
1993, je m'achète une guitare pour apprendre à jouer précisément ...CA !), qui nous transporte hors de cette terre de brutes carlabrunistes, dans un nuage de douceur - la Grand-Place est rouge sang et décolle. Retour aux affaires, on est pas là pour rigoler quand même :
Sad but True, ce petit côté bas-du-front si charmant du groupe, headbang à volonté, my kingdom for a bier, mille milliards de staracadémiciens empalés, mon troisième stylo vient de péter, c'est la malédiction du chroniqueur !
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Explosions, déflagrations, c'est un classique, tout le monde sait que cela annonce la pyrotechnique
One qui est peut-être, selon moi, la plus grande contribution de
Metallica l'histoire du rock : tout ce qu'ils ont fait de mieux y est... mélodie, mélancolie, dialogue de guitares aériennes, montée en puissance et pour finir, bourrinage contondant et jouissif.
Enter Sandman, truisme total, sans doute leur chanson la plus populaire, la première que j'ai aimée d'eux. A ce moment-là où à un autre, un très gros plan sur les doigts du chanteur, qui figurent tour à tour, un fuck, un accord et un signe-du-diable-de-la-grand-mère-à-Dio... Ce qui fait rire et rugir de plaisir toute la Grand-Place. Sortie du groupe, clameur intense, c'est bon, ça pourrait presque s'arrêter là qu'on aurait pas été frustré...
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Retour sur scène, les hardeux sont aphones, exsangues et peut-être même en légère érection. Deux pogos d'affilée, pas reconnus sur le moment: un joyeux titre punk que je crois n'avoir jamais entendu,
Last Caress, c'est des Misfits (merci Google),
So What, autre joyeuse reprise ou vieillerie très plaisante (eh oui, avant leur époque caniche, ils étaient punks, et encore avant, quasi-hippies, via le regretté
Cliff Burton). Et puis pour finir, celle sans laquelle personne n'aurait accepté de partir sans rien casser :
Seek and Destroy, pied total évidemment ! Après quoi le groupe se livre à de longues et chaleureuses salutations, promet de revenir sans attendre
four more fuckin years - espérons-le en tout cas, et nous quitte ivres de bonheur.
Why are you still here ? Why am I still here ? Cause I fuckin'love this ! Avant de partir, le grand
James n'a fait qu'établir ce qui était tout à fait évident : ils aiment toujours ça, ou plutôt, ils aiment de nouveau ça...
Metallica a peut-être perdu des cheveux (c'est pas plus mal, dans l'ensemble...), pris un peu de bide (pas beaucoup il me semble), ne joue peut-être plus tout à fait aussi carré qu'en studio en 1988, mais non de dieu, ça le fait encore. Avec cette tournée, si l'on en croit le live enregistré 3 semaines avant à Istanbul et qu'on s'est, euh, disons procuré, le groupe teste des morceaux sur scène, en rajoute et en enlève, tout le contraire d'une tournée brontosaure à la (beuuuaaargh !) Police, donc ! Bref, ils sont de nouveau là, et pour longtemps. A jamais les premiers et toujours les meilleurs de leur catégorie !
Take a look to the sky, Just before you die...
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Welcome back guys ! Au fait, pour la prochaine, on fera comme d'hab, c'est où vous voudrez, quand vous voudrez.
PS : Metallica tout seul aurait évidemment eu 4 étoiles...
Illustrations par
Philippe, quelques vidéos par
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